New York

 

New York multiple 

Les images de New York au cinéma oscillent constamment entre sublimation et noirceur. Tout est-il vraiment possible dans cette ville tentaculaire, quadrillée comme un échiquier, dont il est impossible de faire le tour ? Il est vrai que cette architecture verticale - qui impressionna tant Fritz Lang qu’il en fit le modèle de sa Metropolis du futur - est source d’excitation et d’angoisse mêlées. New York, Babel orgueilleuse et impitoyable, symbole d’un capitalisme triomphant, attise les convoitises. La ville semble faite pour les histoires démesurées à l’image de son gigantisme et de son architecture hors du commun, de son activité incessante et de sa population cosmopolite. New York est un condensé du monde en Amérique, où 16 millions d’émigrants venant de l’ancien continent convergèrent depuis le milieu du XIXe siècle. Le cinéma s’est fait l’écho de ce melting-pot. L’arrivée à Ellis Island inspira à l’Anglais Charlie Chaplin L’Émigrant, une de ses premières réussites, entre rire et tragique, lui qui fit le voyage en 1910. Cette immigration fit de New York une ville-monde dont les enclaves ethniques reflètent la diversité. Ce n’est sans doute pas un hasard si le cinéma new-yorkais est si fortement lié à ses quartiers et à la géographie d’une ville dont les noms évoquent d’emblée des images de films, encore : la trilogie du Parrain de Coppola pour Little Italy, Shaft pour Harlem ou les Diamants sur canapé avec la silhouette gracile d’Audrey Hepburn sur la 5e avenue. 

 

New York extrême 

Multiple, New York est aussi la ville aux contrastes saisissants où le luxe le plus spectaculaire côtoie la pauvreté la plus extrême. Dès les années 30, le cinéma a filmé les bas-fonds et la misère de Ceux de la zone (Frank Borzage) et des Faubourgs de New York (Raoul Walsh) ou de la Rue sans issue (William Wyler), donnant lieu parfois à des comédies sociales cruelles et sophistiquées sous la griffe de Gregory La Cava (Mon homme Godfrey), l’un des plus subtils observateurs de la crise de 1929. New York est une cité intense et âpre où les paroxysmes atteignent leur apogée, où les hypothèses sont poussées à l’extrême ; c’est le lieu de tous les excès et de tous les dérèglements. Au gré de films noirs, de thrillers, des univers extrêmes se déploient, peuplés de marginaux, de petites frappes et grands gangsters, et de policiers tourmentés. Des acteurs mythiques comme Robert de Niro, Al Pacino, Christopher Walken, Harvey Keitel en arpentent les rues. C’est l’envers du décor, les taudis, les quartiers déshérités et mal famés. C’est le New York de Martin Scorsese, d’Abel Ferrara ou de Sidney Lumet. Cette ville singulière inspire enfin des récits d’anticipation, des histoires fantastiques où le réel se brise dans un fracas apocalyptique : Le Monde, la chair et le diable, de Ranald MacDougall (1959), New York 1997 de John Carpenter (1981). Depuis le 11 septembre 2001 cependant, la réalité a largement dépassé la fiction. Et pourtant, “l’onde de choc nous frappa tous avant le son, l’image avant la compréhension” (Adam Gopnik). Mais qu’a fait le cinéma de cette image transmise par les télés du monde entier ? 

 

New York expérimental
Ville bouillonnante, tendue et vivante, New York accueillit les artistes et inspira les expérimentations formelles. Des cinéastes new-yorkais désireux de se lancer dans le cinéma en toute liberté inventèrent leurs modes de production, plus informels, à la marge d’Hollywood et des studios. Ils s’appelaient Shirley Clarke, Lionel Rogosin, Jonas Mekas ou Andy Warhol, qui aurait eu 80 ans cette année. Leurs œuvres occupent une place essentielle dans ce cycle. Plus qu’une rupture cependant, il s’agissait peut-être pour eux de continuer la voie tracée par Kazan, qui, avec Sur les quais, fut sans doute le premier cinéaste new-yorkais indépendant, ou encore Jules Dassin qui filma La Cité sans voiles dans un style quasi documentaire. C’était il y a tout juste soixante ans. Il est passionnant de confronter ce cinéma avec celui des studios. On reverra avec intérêt quelques films de Vincente Minnelli et d’Alfred Hitchcock, tant ces deux maîtres de l’artifice ont su recréer New York avec une précision fascinante. Souvenez-vous de la chaleur de l’été et de la cour d’immeuble de Greenwich Village dans Fenêtre sur cour et aussi de la gare de Penn Station, aujourd’hui disparue, dans L’Horloge, chef-d’œuvre intimiste de Minnelli, enfin visible. Le cinéma américain continue de nous donner des nouvelles de New York, ses cinéastes d’aujourd’hui ont pour nom James Gray, Noah Baumbach, Peter Sollett, Michael Kang, Julia Loktev ou Ramin Bahrani. La fraîcheur de leurs films prouve que la ville reste une source de fiction puissante. 

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Agenda

du 5 décembre 2008 au 1er mars 2009

La programmation de ce cycle a été élaborée par Muriel Dreyfus avec Chantal Gabriel et Zeynep Jouvenaux du Forum des images. Ce programme est dédié à Jules Dassin, Cyd Charisse et Richard Widmark qui nous ont quittés cette année.